Guernica : l’histoire immédiate

La Piscine, Roubaix
Du 23 juin au 4 septembre 2023

À l’occasion de l’exposition « René Iché », le musée de Roubaix met en valeur Guernica, une oeuvre méconnue, aussi emblématique de l’engagement de l’artiste qu’atypique dans sa production, réaction immédiate à un événement historique très contemporain et vision apocalyptique de l’avenir.

Le 26 avril 1937, la ville basque de Guernica est bombardée par des avions envoyés par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, en soutien aux rebelles nationalistes, emmenés par le général Franco, contre le gouvernement de la Seconde République espagnole. Les hommes étant aux champs, femmes et enfants sont les principales victimes de ce qui constitue le premier raid de l’histoire de l’aviation militaire moderne sur une population civile sans défense. Cet épisode de la guerre d’Espagne marque les esprits par l’ampleur et la violence de la répression des anti-franquistes et ce qui apparaît vite comme un acte terroriste.

Guernica de Picasso, monumental « échiquier de la vie et de la mort » (pour reprendre les termes de Michel Leiris), a joué pour beaucoup dans la propagande républicaine avant de devenir un symbole politique, intemporel et universel, des guerres et des violences faites aux populations civiles. Mais Picasso n’est pas le seul artiste à avoir réagi à ce désastre dont le retentissement est fort dans les milieux antifascistes. L’exposition permet de (re)découvrir, entre autres, l’ambitieuse composition du peintre Jean Amblard (1911-1989) conservée au musée de Denain, l’eau-forte de Jean Deville (1901-1972) (dont la composition figurant la Mort dévoilant son vrai visage devant les ruines de Guernica fut acquise dès 1937 par l’État français), ou encore le célèbre poème de Paul Éluard, intitulée La Victoire de Guernica.

Au centre du propos, figure la terrifiante sculpture que René Iché modèle vraisemblablement dès le 27 avril 1937 à l’annonce radiophonique du bombardement. Interrompant le dîner familial, il aurait fait poser sa plus jeune fille, Hélène, âgée de 6 ans, et ainsi exécuté dans l’urgence un corps de fillette debout, mi-chair, mi-os, au regard fixe et impitoyable, vêtu d’une robe en lambeaux et dont le déhanché arrogant évoque les danses macabres du Moyen-Âge derrière le cauchemar contemporain. L’artiste n’exposa cette œuvre, qu’il intitulait Guernica ou Giovinezza (pour Jeunesse, le chant de Giuseppe Blanc devenu hymne officiel du parti fasciste à partir de 1923), qu’une seule fois de son vivant, en 1940.

Attachée de presse : Vanessa Ravenaux
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